Améliorer la sécurité alimentaire, accroître la résilience côtière

Améliorer la sécurité alimentaire, accroître la résilience côtière
June 4, 2018 1:55 pm Blog

La riziculture en association avec la plantation de mangrove redonne espoir aux cultivateurs.

 

La riziculture en association avec la plantation de mangrove, aussi appelée agro-sylviculture du riz, est une bonne pratique employée dans plusieurs pays africains tels que la Gambie, la Guinée et le Sénégal comme une manière intelligente de concilier la sécurité alimentaire durable avec l’accroissement de la résilience aux effets climatique et la valorisation de la conservation de la biodiversité. Dans d’autres pays, cette méthode se fait principalement en réhabilitant des rizières abandonnées et en gérant le sol et l’eau. L’approche de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), par le biais du Programme de Biodiversité et Changement Climatique en Afrique de l’Ouest (WA BiCC), consiste à planter des mangroves à la lisière des rizières afin d’éviter la perte de terres arables et de récoltes causée par l’érosion, et de protéger les cultures contre les ravageurs. Cette initiative fut mise à l’essai en 2017 dans certaines communautés sélectives des zones côtières de Sierra Leone. L’intervention fut d’abord accueillie avec beaucoup d’appréhension de la part des membres de la communauté, mais aujourd’hui, huit mois après le début du programme d’expérimentation, les cultivateurs bénéficiaires commencent à s’apercevoir que la riziculture en association avec la plantation de mangrove a un certain potentiel.

Une évaluation de la vulnérabilité au changement climatique dirigée par WA BiCC dans le paysage côtier de Sierra Leone en 2016, a révélé qu’environ 1 % des forêts de mangrove située dans le Complexe du paysage côtier de Sierra Leone s’appauvrissait chaque année. Les principales causes de changement sont, entre autres, le défrichage de la mangrove pour la culture du riz, l’extraction de sable et l’abatage des palétuviers pour le fumage du poisson et la construction. Les communautés côtières sont tributaires de ces activités pour leurs moyens d’existence, par conséquent, les convaincre d’arrêter de couper les arbres de la mangrove exige l’élaboration de solutions de rechange.

Ancienne méthode: Rizières clôturées par des bâtons de mangrove taillés
Ancienne méthode: Rizières clôturées par des bâtons de mangrove taillés

 

La coupe de la mangrove pour la riziculture représente une menace réelle pour l’environnement du littoral de la Sierra Leone. Par exemple, cette pratique dans la zone côtière des Scarcies, située au nord de Freetown, a abouti à un recul de la mangrove à hauteur de 25 % sur une période de 26 ans. En même temps, pendant que les communautés se livrent au défrichage de la mangrove pour étendre leurs cultures, l’élévation du niveau de la mer et les forts courants d’eau érodent peu à peu les terres nouvellement mises à nu, réduisant la surface des terres cultivables et menaçant la sécurité alimentaire. Cette diminution de la taille des exploitations perpétue le cercle vicieux puisque les communautés doivent continuer à couper les forêts de mangrove pour élargir leurs exploitations. En raison de l’érosion et d’autres facteurs aux répercussions néfastes sur la riziculture, comme les débris entraînés par l’eau provenant de plantations adjacentes et les gros poissons et les lamantins qui se nourrissent du riz des cultures, les cultivateurs réagissent en coupant les jeunes palétuviers et des branches pour construire des clôtures en bordure de leurs terres. La collecte de ce bois supplémentaire demande du temps et peut être laborieuse ; certains cultivateurs parcourent parfois 4 km en pirogue pour trouver les matériaux nécessaires.

Démonstration de la culture de mangrove de riz
Démonstration de la culture de mangrove de riz
Démonstration de la culture de mangrove de riz
Démonstration de la culture de mangrove de riz

 

La pratique consiste à planter des bandes de mangrove d’une largeur de un (1) mètre à la lisière des rizières et, au fur et à mesure de leur croissance, les arbres forment une barrière vivante, naturelle visant à protéger les cultures des menaces extérieures et réduire la collecte supplémentaire de bois utilisé pour la construction de barrières provisoires. Suite à une série de débats avec les communautés afin d’évaluer ces défis posés aux cultivateurs dans les zones côtières et de trouver des solutions possibles, un groupes de cultivateurs a accepté de collaborer avec WA BiCC pour introduire et diriger le concept d’agro-sylviculture alliant la culture du riz à la plantation de mangrove dans le Complexe du paysage côtier de Sierra Leone, l’un des paysages d’apprentissage choisi par WA BiCC. En août 2017, WA BiCC lança une campagne pour mettre à l’essai cette pratique dans la région de Bonthe-Sherbro dans le sud de la Sierra Leone. Quatre communautés du littoral du district de Bonthe, Yargoi, Momaya, Keiga et Borpu, ont été sélectionnées pour cette expérimentation afin de voir dans quelle mesure les membres des communautés étaient susceptibles d’adopter cette méthode avant de la mettre à l’échelle pour le paysage plus élargi du Complexe. WA BiCC organisa des ateliers de sensibilisation, des entretiens radiophoniques et une visite dans chaque communauté pour mesurer la taille des exploitations et mener une formation sur la pratique de la culture du riz en association avec la plantation de mangrove.

Nouvelle méthode: planter des mangroves au bord des rizières
Nouvelle méthode: planter des mangroves au bord des rizières

 

Au cours de la campagne de sensibilisation, divers avis pessimistes et optimistes émis face à la pratique ont été enregistrés. Certains membres repoussaient l’idée en citant des raisons telles que « … la plantation de mangrove le long de nos champs invitera les primates et les oiseaux à établir leurs nids dans les arbres, et ils auront accès à nos rizières et les détruiront ». La difficulté la plus déconcertante à surmonter était la croyance répandue que WA BiCC leur cachait quelque chose. Les explications justifiant cette activité et d’autres parce qu’elles favorisaient la conservation et la durabilité de leurs moyens d’existence étaient souvent accueillies avec incrédulité. Dans certains cas, ils demandaient carrément ou discrètement une compensation financière pour leur participation.

Heureusement, tout n’était pas si noir puisque quelques cultivateurs ont facilement accepté d’essayer cette pratique sur leurs terres. Huit mois après l’opération de sensibilisation et de formation, WA BiCC est retourné sur le terrain pour faire une évaluation des progrès réalisés auprès de 23 cultivateurs qui avaient accepté de mettre en œuvre la pratique. Les évaluations de ces exploitations montrent des jeunes mangroves en bon état, et les cultivateurs se réjouissent à l’idée de ne pas avoir à retourner dans la forêt pour couper du bois pour leurs clôtures. Mariama, un cultivateur de Keiga, a fait remarquer, « Après avoir planté les mangroves, j’ai réalisé que c’était une bonne chose pour moi car auparavant j’allais dans la brousse pour couper des arbres pour faire une barrière et protéger mon riz des algues. Aujourd’hui, je sais que la plantation de mangroves présente pour moi de gros avantages puisque je n’ai pas à me déplacer chaque année dans la forêt pour couper des arbres ».

Mariama, riziculteur à Keiga pratiquant l'agrosylviculture
Mariama, riziculteur à Keiga pratiquant l’agrosylviculture

 

L’élément le plus prometteur encore est la source d’inspiration qu’ont été ces quelques optimistes pour la communauté. Certains cultivateurs, qui au départ avaient décidé de ne pas adopter cette pratique, commencent maintenant à en discerner les avantages et prévoient de la mettre en œuvre sur leurs terres au mois d’août cette année. Lamine, un riziculteur de Borpu a dit : « J’ai décidé de commencer à adopter cette pratique lors de la prochaine saison de semis parce que nos terres rétrécissent. Un de nos frères, M. Amara est venu nous voir en 2017 et nous a parlé de ce programme de WABICC sur la plantation de mangroves et nous avions refusé, mais ils sont revenus en 2018 et nous avons désormais accepté de faire la même chose parce que nos frères en récoltent vraiment les fruits. Nous voulons en profiter aussi ! »

Lamine de Borpu, s'engageant à commencer la pratique la saison prochaine
Lamine de Borpu, s’engageant à commencer la pratique la saison prochaine

 

 Sally de Keiga a admis : « Je n’ai pas commencé à adopter la pratique de la culture du riz en association avec la plantation de mangrove parce qu’au début, je n’en voyais pas les bénéfices directs. Mais je remarque aujourd’hui que mes pairs qui ont pris part à cette initiative ne vont plus chercher de bois pour protéger leurs cultures des débris indésirables et des ravageurs. C’est un avantage énorme qui arrive à me convaincre de commencer cette activité de plantation de riz associée à celle de mangrove. »

 Même si seulement 55 % des cultivateurs qui s’étaient engagés à le faire, ont mis cette pratique en œuvre, nos évaluations de ceux qui l’ont fait et les témoignages recueillis auprès de ceux qui sont susceptibles de l’adopter nous permettent d’espérer qu’un plus grand nombre de cultivateurs y auront recours dans l’année qui vient, et que les germes d’une pratique durable aux multiples avantages continueront à se développer et porteront des fruits au-delà de la durée de vie limitée de WA BiCC. Grâce à des efforts de renforcement de capacités, ces cultivateurs ont pu mettre en œuvre la pratique avec un minimum de supervision et de suivi, et former leurs voisins pour qu’ils tentent d’adopter l’approche lors de la prochaine saison de semis. Ainsi, dans les deux ou trois prochaines années, lorsque WA BiCC aura achevé sa mission dans la région, des champions locaux seront en mesure de poursuivre la mise en œuvre de cette pratique et il faut espérer qu’elle devienne une tradition transmise d’une génération à l’autre.

Cette activité est donc susceptible de devenir une approche bénéfique pour tous, pour les cultivateurs comme pour les écosystèmes. Si elle arrive à être adoptée à grande échelle, la pratique a le potentiel de transformer la méthode de riziculture dans les plaines d’inondation au sein de l’habitat de la mangrove. Outre la protection et la stabilisation des exploitations agricoles, les mangroves vivantes procurent un habitat propice à la reproduction des poissons, aux crabes, aux huîtres et à d’autres espèces en améliorant par ailleurs la sécurité alimentaire et les revenus des communautés locales, tout en réduisant l’érosion du sol et des terres arables. L’adoption de cette pratique est prometteuse pour favoriser la sécurité alimentaire et la conservation de la biodiversité dans la région.

Cartographie des fermes pour enregistrer les progrès de la pratiqueCartographie des fermes pour enregistrer les progrès de la pratique

Cartographie des fermes pour enregistrer les progrès de la pratique
Cartographie des fermes pour enregistrer les progrès de la pratique

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