Dans les coulisses : Établissement d’Associations villageoises d’épargne et de crédit (VSLA) dans les régions côtières de la Sierra Leone

Dans les coulisses : Établissement d’Associations villageoises d’épargne et de crédit (VSLA) dans les régions côtières de la Sierra Leone
November 5, 2019 2:59 pm Blog

Écrit par Francis Reffell

 

Lorsque mon équipe est arrivée dans la municipalité de Bonthe, nous avions l’impression d’avoir atterri dans un paradis rustre, où prédominaient des vestiges témoignant de l’influence coloniale de son passé. Une infrastructure sévèrement endommagée, soit parce qu’elle n’avait pas servi depuis longtemps soit en raison de la guerre civile, parsemait le paysage. Malgré ma curiosité concernant la région, mon équipe, constituée de Seinya, spécialiste en matière de Développement communautaire et de moyens d’existence pour le Programme pour la Biodiversité et le changement climatique en Afrique de l’Ouest (WA BiCC), d’Ibrahim mon assistant et de moi-même, n’était pas venue à de simples fins touristiques. Nous avions prévu de mener des formations portant sur les Associations villageoises d’épargne et de crédit (VSLA) à l’échelle du paysage. Une VSLA est un modèle financier grâce auquel les personnes d’un groupe créent ensemble un fonds d’épargne et ont ensuite la possibilité de faire des emprunts auprès de ce fonds.

Bonthe n’était pas notre seule étape. Nous avons visité 24 communautés dans quatre régions désignées du littoral de la Sierra Leone — la région de Sherbro, les estuaires du fleuve Sierra Leone et des Scarcies, et la Baie de Yawri — et nous étions souvent accueillis par des gens chaleureux et dynamiques. Depuis un certain temps maintenant, toutes ces communautés ont eu à relever des défis liés au changement climatique, principalement l’élévation du niveau de la mer, dont les impacts sont aggravés par la décimation des forêts de mangrove pour la collecte de bois de chauffe et de bois pour la construction. Dans certains cas, comme à l’Île de Yeliboya, cette activité pourrait finir par accélérer la submersion des localités côtières.

Ces difficultés n’ont pas freiné les efforts des communautés déterminées à trouver des solutions pour améliorer la situation. En plus de la restauration des forêts de mangrove dégradées le long de la côte, l’établissement d’Associations villageoises d’épargne et de crédit  peut aider ces communautés dans le cadre de la résilience au changement climatique.

Les groupes VSLA travaillent suivant un calendrier déterminé à l’avance qui fixe les dates des contributions au fonds et celles des retraits. À la fin de chaque cycle, les bénéfices accumulés sont partagés entre tous les membres.

Pendant les réunions communautaires et les discussions de groupes visant à sensibiliser davantage à l’importance des groupes VSLA, l’équipe a découvert que plusieurs pratiques du genre existaient déjà. Toutes les communautés que nous avons visitées avaient déjà mis en place des groupes qui participaient à une certaine forme de plans financiers d’épargne. Une étude de faisabilité mené par WA BiCC a compté 176 groupes actifs répartis dans 24 communautés dans l’ensemble du paysage. Même si les communautés ont signalé certains problèmes qui nuisaient à la durabilité des groupes, la pérennité de plusieurs groupes signifiait que les communautés avaient une certaine résilience qui leur permettait de maintenir des groupes et leur fonctionnement face au changement climatique et à d’autres pressions sociétales. Aussi, plutôt que de créer de nouveaux groupes, les approches ont évolué pour fournir une formation et des outils supplémentaires aux groupes intéressés afin de les habiliter à surmonter certaines difficultés et à renforcer les efforts en cours.

L’un des problèmes auxquels se heurtaient les groupes existants concernait la capacité limitée d’augmenter leurs économies et les pratiques peu performantes de tenue des registres. Parmi les 176 groupes financiers relevés, plus de 100 utilisaient déjà des pratiques d’épargne et de tenue de dossiers semblables à celles des VSLA, mais ces pratiques n’étaient ni cohérentes, ni efficaces. Sur ces 176 groupes, WA BiCC en a formé 78, et leur a fourni à chacun une boîte en métal verrouillable pour l’argent destiné au fonds d’épargne, et d’autres matériels pour la tenue des registres.

 

Les sessions de formation étaient interactives, et les membres des communautés y faisaient part de leurs exemples de réussite, comme celui décrit ci-dessous :

« Il y a trois mois, le Groupe VSLA de Gohelah a été constitué sur le concept que nous a présenté WA BiCC aujourd’hui. Nous sommes maintenant 40 dans ce groupe. Nous soutenons les membres de notre groupe dans les moments d’épreuve comme de joie… » – Mamie Ganda, Communauté de Bonthe.

Les communautés savent souvent faire face elles-mêmes aux difficultés quotidiennes et c’est un enseignement essentiel tiré de toutes ces visites. Il suffit de leur faciliter la tâche. Mon expérience auprès de ces communautés a confirmé ce point. Nous avons amorcé le processus, et les populations le maîtrisent désormais.

trois femmes debout et un homme assis.
Francis remettant une boîte en métal verouillable pour l’argent du fonds d’épargne et d’autres matériels à un groupe dans la Communauté Mahela.